Si la science moderne trouve ses fondements dans la pensée des Grecs de l’Antiquité, est-elle parvenue pour autant à résoudre la question du réel en tant que ce qui est, telle qu’énoncée à l’aube de la philosophie ? En guise de début de réponse, Heidegger avance ceci qui sera longuement déployé dans cette conférence « Science et méditation » prononcée à Munich en 1953 : la science n’est pas la même chose que l’essence de la science. Cette idée implique qu’il n’est pas permis d’espérer approcher ce qui régit toute science tant que l’on s’attache à représenter la science et à la pratiquer. Il faut donc parvenir à questionner ce qui fait l’essence de la science moderne à partir d’un dialogue avec les penseurs grecs, lequel dialogue n’a toujours pas eu lieu !
Heidegger met ici en balance deux termes — « science » et « méditation » —, et ce faisant, nous pourrions dire qu’il élabore l’élaboration, qui, si elle en passe par la science moderne dans sa limitation, trouve à se réaliser dans ce que Heidegger nomme « méditation ». Cherchant à montrer la situation d’où provient l’essence de la science, il initie à un voyage vers « ce qui mérite qu’on interroge » en vue d’une méditation élaborante du réel toujours en devenir. Aussi éclairant que soit ce frayage entamé par Heidegger, il n’empêche que le chemin est parsemé de creux ; des articulations semblent absentes, voire même oubliées ; à moins qu’elles ne soient le fait de sauts par lesquels la pensée parvient à se frayer une voie à rebours des idées reçues. En partant de ce texte, je propose d’essayer de souligner ce que Heidegger n’aura pas dit. Il conviendrait ensuite de le faire dialoguer avec les penseurs de la psychanalyse ; je pense au penser psychanalytique de Lacan et de Christian. J’espère y parvenir une autre fois.
Heidegger part d’une idée qui peut surprendre : ce qui s’est dit poétiquement à l’aube de l’antiquité grecque, est encore présent aujourd’hui, « si présent que son être, à soi-même encore fermé, est prêt de tous côtés à nous accueillir et qu’il vient sur nous, là surtout où nous nous y attendons le moins, à savoir dans le règne de la technique moderne, laquelle est complètement étrangère à l’antiquité, mais a néanmoins en elle son origine essentielle ». […]
Poursuivre la lecture du texte intégral au format PDF
S'ouvre dans un nouvel onglet (Document PDF intégral)