L’expérience des présentations cliniques du Cardo a ceci de remarquable qu’elle confronte le patient, le psychanalyste et l’ensemble de l’assistance à la dimension du signifiant en ce qu’il a de surprenant et dynamique. Et en effet, le signifiant, tel que mis en lumière par Lacan, occupe une place tout à fait centrale. À ce titre, la façon d’entendre le signifiant conditionne toute la pratique de la psychanalyse ; ce qui implique fondamentalement de recevoir le signifiant indépendamment des considérations liées au diagnostic différentiel. Si la question de la psychose est interrogée lors des rencontres du Cardo, il s’agit ici de se demander en quoi la psychose éclaire ce qu’il en est du signifiant. Je tiens à préciser que mon propos s’appuie sur le séminaire de lecture que je mène par ailleurs. Il sera donc question de Logique de l’inconscient – Lacan ou la raison d’une clinique de Christian Fierens, et plus exactement le sous-chapitre intitulé « La différence diachronique propre au signifiant ».
1. Le processus signifiant mis en lumière par la position de la psychose
Par « la différence diachronique », il faut entendre le processus symbolique de la fonction du signifiant au sens lacanien du terme. Nous verrons plus loin comment la fameuse hallucination verbale « truie » citée par Lacan dans son texte « D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose » (1958) permet de repérer la façon avec laquelle le processus signifiant — en tant qu’il implique la différence diachronique — se rencontre dans la clinique psychanalytique. Il peut paraître subversif de présenter la fonction signifiante à travers la question de la psychose. La plupart du temps, la psychose est bien vite ramenée à la citation de Lacan selon laquelle ce qui du symbolique est rejeté fait retour dans ce que l’on nomme le « réel », témoignant ainsi de la forclusion du signifiant du Nom-du-Père qui empêche l’entrée dans l’identification projective. Faute de l’inscription de ce signifiant, le psychotique n’aurait pas de désir. Comme symbolique et réel sont amalgamés ou holophrasés, toute manifestation de désir s’apparenterait à une irruption débordante, une jouissance à limiter, à contenir au moyen notamment d’identifications imaginaires à soutenir. L’idée a priori étant que faute d’avoir un accès au symbolique, le psychotique ne pourrait pas assumer le désir qui le confronterait à un anéantissement de lui-même, une négation mortifère à prévenir. Il faut bien préciser que cette lecture repose en fin de compte sur une conception linguistique du signifiant qui consiste à dire que dans la psychose, il n’y a pas de différence entre le signifié et le signifiant. J’ajoute qu’un tel abord de la psychose coupe d’emblée court à la dynamique de la cure analytique puisqu’il invite à soutenir les identifications imaginaires, quand il s’agit au contraire d’accentuer le processus symbolique d’effacement de l’imaginaire propre à la fonction signifiante.
Sur ce point, il faut faire remarquer que dans le Séminaire Livre III Les Psychoses, Lacan s’attache essentiellement à montrer que les psychoses ne peuvent s’entendre que par le signifiant, c’est-à-dire à considérer la différence inhérente au signifiant lui-même à partir de sa répétition. Lacan met ainsi sur la voie de ce que deviendra le signifiant dans le Séminaire L’Identification. Autrement dit, dans ce séminaire tenu en 1955-1956, il n’est pas tant question de la psychose, que du signifiant pris dans le mouvement d’énonciation tel que le met en lumière la position de la psychose. Que montre la position de la psychose quant au processus de la fonction signifiante ? C’est précisément ce que j’entends discuter avec vous. […]
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