# Où mène une analyse ?

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- Published: 2026-10-17T11:24:11+00:00
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Le chapitre « La négation et le refoulement »^(1), initialement présenté par Christian
Fierens aux « Ateliers d’Athènes » en mars 2018, commence par une phrase apparemment
simple : « où mène une analyse ? ». Notre habitude de penser nous conduirait volontiers
à retenir d’abord le « où » de la phrase. Par là, quelle est la destination finale
d’une analyse ? Qu’est-ce qui doit être atteint pour qu’une analyse puisse être 
considérée comme terminée ? Tel pourrait être tout l’enjeu de la passe, qui implique
de se forger une idée quant au but de l’analyse, idée à partir de laquelle se vérifie
qu’un passant est parvenu ou non à bon port. Cependant, mettre l’accent sur la finalité
de la cure risquerait de laisser au second plan un autre élément de la phrase pourtant
essentiel, à savoir le verbe. On se souvient qu’à propos de sa lecture critique 
du fantasme freudien « On bat un enfant », Lacan indique de faire jouer le verbe
en tant qu’il ouvre sur la dimension de la jouissance, autrement que sous l’angle
des principes de plaisir et de réalité qui donnent une version toujours imaginaire
du fantasme. La lecture de Lacan consiste donc à dire que le fantasme n’est pas 
à focaliser sur le sujet, et ajoutons sur le pronom relatif, mais bien plus radicalement
sur le verbe, à savoir le mouvement d’énonciation qui fait la structure signifiante.
En tant que structure à mettre en acte dans le processus psychanalytique, le fantasme
est fondamental en ceci qu’il opère à partir du poinçon (autre nom du verbe) à partir
duquel se pose la question de l’objet petit _a_, et ce faisant, celle du sujet barré.
De la même manière, quand Christian Fierens demande : où mène une analyse ?, il 
pose d’abord la question : qu’est-ce que « mener » à propos de l’analyse ? Ou encore:
en se lançant dans le processus de la cure, dans quel mouvement est-on introduit?
J’ajoute que la question vaut aussi bien pour l’analysant que pour l’analyste.

En proposant ce sous-titre, « penser notamment la psychose » cherche à souligner
que si enjeu concernant la psychose il y a, c’est avant tout pour ce que permet 
un tel questionnement en vue du penser en mouvement inhérent à l’inconscient lui-
même. Je cite François Balmès : « Bien loin de devoir être pensée d’abord sur le
mode de la carence symbolique, du défaut, la psychose montre le vrai de la structure,
le vrai de l’humanité en proie au symbolique. (…) Au-delà de l’opposition entre 
la paix relative là où il y a Nom-du-Père et le désordre et le chaos là où il est
forclos, il y a du point de vue de la structure ce qu’on pourrait nommer le _désordre
symbolique essentiel_. Cette duplicité n’est donc pas seulement celle du surmoi 
ou du père, mais plus radicalement celle du langage lui-même. Qu’un Nom-du-Père 
soit à la fin _sinthome_ — ce qui cloche est aussi ce qui fait que ça tient —, condense
une fois de plus que, vu de l’inconscient, le langage et le père présentent une 
même ambiguïté qui est celle du symbolique, ordre et désordre, dérangement et arrangement»
^(2). Précisons : d’une part, l’ambiguïté du symbolique est préservée dans la psychose,
et d’autre part, elle s’éclaire à être rapportée à la question du savoir qui, loin
de se réduire à un clivage infranchissable, rend compte de logiques hétérogènes 
simultanément à l’œuvre : celle du penser en mouvement et celle du penser qui donne
secondairement lieu à toute formalisation.

Commençons par la presque fin. Je propose en effet de faire résonner la phrase d’ouverture«
Où mène une analyse ? » avec une autre phrase énoncée à la page 308 : « Nous sommes(…)
amenés à une pensée en mouvement pour penser (…) ». Laissons la fin de la phrase
pour le moment. Quid de cette pensée en mouvement ? Ou plutôt, quid de ce _penser_
en mouvement ? Comment le saisir ? […]

^(1) C. Fierens, « La négation et le refoulement », in _Transmission de la psychanalyse–
Les ateliers d’Athènes_, volume 2, Paris, Les éditions de l’insu, 2024, pp. 251-
317.

^(2) F. Balmès, _Structure, logique, aliénation_, Toulouse, Érès, 2011, pp. 28-29.
