# Tirésias le transgenre

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- Published: 2026-10-17T11:24:11+00:00
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C’est un plaisir pour moi de suivre la voie frayée par Fabienne Guillen, que je 
remercie chaleureusement de me permettre de parler devant vous aujourd’hui, mais
aussi par Christine Larroque et par Pascale Macary. Je retiens notamment trois points
de leur intervention : d’une part, la question de la détumescence à partir de laquelle
le phallus entre véritablement en jeu, un certain rapprochement entre le phallus
et l’objet petit _a_ à questionner d’autre part ; et enfin l’idée selon laquelle
la réalité du sexe (qui tend à une formalisation imaginaire des positions homme 
et femme) ne recouvre que partiellement l’impossible comme réel de la jouissance.
J’ajouterai aujourd’hui un autre point : la jouissance corrélée au sexe comme remise
en question, voire comme mise à l’épreuve de la réalité transcendantale.

Pour aborder ces questions, il me paraît tout à fait à propos de faire retour sur
la leçon que donne Lacan le 20 mars 1963 dans le cadre de son séminaire sur _L’Angoisse_.
En plus de l’élever au rang de « patron des psychanalystes », Lacan mentionne par
trois fois la figure mythique de Tirésias, ou plus exactement il évoque trois figures
très différentes du devin : tel que dépeint par Ovide, devenu aveugle et oracle 
par les dieux capricieux ; sous la figure de Thérèse-Tirésias dans la pièce scandaleuse
de Guillaume Apollinaire, et enfin en tant que narrateur d’une scène de la vie moderne
exposée dans « The Waste Land », le poème de T.S. Eliot. Trois abords de Tirésias
que je propose de visiter.

### Partie 1 : la leçon du 20 mars 1963

Dans cette leçon, Lacan essaie de situer l’angoisse, c’est-à-dire en indiquer le
site ou la zone, comme il s’exprime aussi. Et pour cela, il lui faut revenir à ce
qu’il nomme « le champ central, déjà dessiné dans le séminaire sur _L’Éthique_, 
comme étant celui de la jouissance ». Cette jouissance est à concevoir « comme profondément
indépendante de l’articulation du désir, ceci parce que le désir se constitue en
deçà de cette zone qui les sépare l’un de l’autre — jouissance et désir — et qui
est la faille où se produit l’angoisse ». Partant de là, Lacan formalise un schéma
dont la structure est celle d’un mouvement initié par la question du sens de l’être:«
que suis-je ? », ou plus précisément encore « qu’est « je » ? ». Il comprend trois
niveaux : celui de la jouissance mythique ou du principe de jouissance, comme le
nomme Christian Fierens auquel je me réfère en partie, lequel principe de jouissance
échappe à toute saisie phénoménale ; le deuxième niveau est celui de l’angoisse,
dont Lacan avance qu’il est une faille, et enfin celui du désir du point de vue 
dialectique. Il est tout à fait intéressant de relever qu’au fil de ses leçons Lacan
fait subir un retournement à son schéma : ce qui au départ représente la division
du sujet par le grand Autre questionnant, devient _in fine_ le schéma de la division
du grand Autre par la question subversive d’un sujet mythique ou en devenir, à savoir
la question du signifiant et de la place du sujet dans le signifiant. […]
