Tirésias le transgenre

Le Pari de Lacan à Toulouse — Ovide, Apollinaire, T.S. Eliot

Auteur

Freddy Guilloteau

Lieu & Date

Toulouse, le samedi 15 mars 2025

Axe Topologique

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OUVERTURE DU TEXTE — PREMIÈRE PAGE Toulouse, le samedi 15 mars 2025

C’est un plaisir pour moi de suivre la voie frayée par Fabienne Guillen, que je remercie chaleureusement de me permettre de parler devant vous aujourd’hui, mais aussi par Christine Larroque et par Pascale Macary. Je retiens notamment trois points de leur intervention : d’une part, la question de la détumescence à partir de laquelle le phallus entre véritablement en jeu, un certain rapprochement entre le phallus et l’objet petit a à questionner d’autre part ; et enfin l’idée selon laquelle la réalité du sexe (qui tend à une formalisation imaginaire des positions homme et femme) ne recouvre que partiellement l’impossible comme réel de la jouissance. J’ajouterai aujourd’hui un autre point : la jouissance corrélée au sexe comme remise en question, voire comme mise à l’épreuve de la réalité transcendantale.

Pour aborder ces questions, il me paraît tout à fait à propos de faire retour sur la leçon que donne Lacan le 20 mars 1963 dans le cadre de son séminaire sur L’Angoisse. En plus de l’élever au rang de « patron des psychanalystes », Lacan mentionne par trois fois la figure mythique de Tirésias, ou plus exactement il évoque trois figures très différentes du devin : tel que dépeint par Ovide, devenu aveugle et oracle par les dieux capricieux ; sous la figure de Thérèse-Tirésias dans la pièce scandaleuse de Guillaume Apollinaire, et enfin en tant que narrateur d’une scène de la vie moderne exposée dans « The Waste Land », le poème de T.S. Eliot. Trois abords de Tirésias que je propose de visiter.

Partie 1 : la leçon du 20 mars 1963

Dans cette leçon, Lacan essaie de situer l’angoisse, c’est-à-dire en indiquer le site ou la zone, comme il s’exprime aussi. Et pour cela, il lui faut revenir à ce qu’il nomme « le champ central, déjà dessiné dans le séminaire sur L’Éthique, comme étant celui de la jouissance ». Cette jouissance est à concevoir « comme profondément indépendante de l’articulation du désir, ceci parce que le désir se constitue en deçà de cette zone qui les sépare l’un de l’autre — jouissance et désir — et qui est la faille où se produit l’angoisse ». Partant de là, Lacan formalise un schéma dont la structure est celle d’un mouvement initié par la question du sens de l’être : « que suis-je ? », ou plus précisément encore « qu’est « je » ? ». Il comprend trois niveaux : celui de la jouissance mythique ou du principe de jouissance, comme le nomme Christian Fierens auquel je me réfère en partie, lequel principe de jouissance échappe à toute saisie phénoménale ; le deuxième niveau est celui de l’angoisse, dont Lacan avance qu’il est une faille, et enfin celui du désir du point de vue dialectique. Il est tout à fait intéressant de relever qu’au fil de ses leçons Lacan fait subir un retournement à son schéma : ce qui au départ représente la division du sujet par le grand Autre questionnant, devient in fine le schéma de la division du grand Autre par la question subversive d’un sujet mythique ou en devenir, à savoir la question du signifiant et de la place du sujet dans le signifiant. […]

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